10/06/09
Rencontre avec Lahcen Ait Abaid
Rencontre avec Lahcen Ait Abaid.
Lahcen Ait Abaid est un littéraire au sens propre. De formation littéraire, il navigue entre l’arabe, le français et le berbère. Mais c’est dans sa langue maternelle qu’il choisi d’écrire. Il est de la génération des militants associatifs de la vague des années 90 auquel s’ajoute une curiosité existentielle et philosophique de la vie.
Angi signifie la crue. Le titre de ce recueil s’est imposé à l’auteur naturellement. Né près de l’oued, il a été bercé par cette réalité plurielle, qui peut faire le malheur des uns autant que le bonheur des autres. La crue est favorable à l’agriculture. Mais cette crue bénéfique peut s’avérer aussi être porteuse de drame : inondations, frontière terrestre, etc. Cette dualité du destin face à une réalité se retrouve chez les poèmes de M. Ait Abaid.
L’auteur a utilisé des néologismes berbères, annotés et expliqués en berbère et/ou en français.
Ce recueil de poésie, qui n’était pas destiné à être publié, est paru en 2004 (à 1 000 exemplaires). C’est l’ensemble de ses poèmes écrits depuis 1990 que nous offre ici M. Ait Abaid.
Parcours de M. Ait Abaid :
L’auteur est né en 1965 à Agadir. M. Ait Abaid entre dans une école coranique sans connaître l’arabe (sa langue maternelle est le tachelhite). Il parle lui-même d’un choc, d’une dualité entre sa langue maternelle et cette autre langue qu’il apprend à l’école .
A l’école coranique, il n’apprend pas les sourates mais il est fasciné par la langue arabe (l’écriture arabe). Par la suite, il s’intéresse aux livres et à la langue française. Puis, il obtient une licence en littérature arabe à la fac d’Agadir. Il se passionne aussi à cette époque pour le théâtre et la poésie française. Ce parcours universitaire lui offre un poste d’instituteur.
Il se voit comme un lecteur militant et un écrivain philosophique. A 6 ans, la dualité des langues au Maroc le questionne. Et dès l’adolescence, il s’interroge sur la mort.
Choix de la langue berbère à l’écrit :
M. Ait Abaid a choisi d’écrire en berbère, la langue qu’il maîtrise le mieux. Pour ce poète : « chaque langue à sa manière de voir le monde ». Mais l’arabe et le français « m’ont ouvert des portes ».
L’auteur souligne le manque de contacts et d’échanges entre berbères (entre les différents dialectes et régions) qui bloque une compréhension mutuelle : orale et écrite.
Lire et écrire est un exercice exigeant qui demande un effort, y compris dans sa langue maternelle (quelle que soit celle-ci : français, arabe ou berbère). Pour M. Ait Abaid, il ne faut donc pas dramatiser ou exagérer la difficulté de la littérature écrite en berbère.
Projets à venir :
Son second recueil de poésie sera publié prochainement. M. Ait Abaid a récemment terminé d’écrire une pièce de théâtre en berbère. C’est une pièce de théâtre qu’il a commencé à rédiger dans les années 90. Elle sera normalement publiée en 2010.
Nous vous informons en temps voulu de ses publications.
M. Ait Abaid nous a lu son poème « Tamarayt ».
Vous pouvez vous procurez un exemplaire de « Angi » via notre association.
La rencontre littéraire avec l'auteur a eu lieu le 5 juin 2009, à « Café Livres ». Un enregistrement audio de l'entretien sera disponible. Merci à l'auteur pour sa présence.
26/05/09
Brahim Lasri
Rencontre avec Brahim Lasri :
Le militantisme de l'oral à l'écrit 
L'auteur Brahim Lasri de séjour à Paris, nous a fait l'honneur de s'exprimer sur son parcours et de répondre à nos questions. Cet auteur et militant chleuh, qui parle aussi couramment kabyle et français, vit au Maroc. Il vient de publier son premier roman Ijawwan n Tayri depuis peu, aux éditions de l'association lmal (Marrakech).
Présentation de l'auteur, par Lahoucine Boyyakoubi :
Le parcours de Brahim Lasri est un combat politique et culturel : à l’exploration du domaine culturel s’est ajouté des revendications politiques. Issu de la génération des années 80-90 (fin des années 80, début des années 90) , il « est le fruit d'un travail qui a commencé à cette époque » (L. Boyaakoubi) qui ont voulu faire perdurer la langue berbère en la faisant passer du statut purement oral à celui de l'écrit.
Il n'y a malheureusement pas de relève. Tous les auteurs et militants qui écrivent en berbère actuellement sont de cette vague générationnelle.
Parcours de Brahim Lasri :
L'un des moteurs principaux de B. Lasri et de ses collègues est d'accorder une importance particulière à a langue berbère, tant orale que écrite.
Il crée avec ses collègues le club Isefm, dans le quartier de lbattwar, à Agadir pour « écrire et produite en amazigh ». L'aspect tant culturel que politique les motivent car durant ces années tout est à faire pour la langue berbère. En 1989, ils fondent une association : Tamaynut-Agadir (la section Agadir de Tamaynut).
L'une des grandes « inventions » de ces militants fut sans aucun doute d'imposer l'utilisation de la langue tachelhite durant les activités de l'association (débats, etc.). Ce qui est rare, voire inexistant, à l'époque. Le français et l'arabe sont, en effet, considérés comme des langues « intellectuelles » ou « savantes », contrairement au berbère. Celle-ci est estimée comme une langue populaire uniquement.
Lors de réunions, le club Isefm recherche du lexique berbère à collecter et à diffuser. Ces jeunes étudiants et chômeurs rêvent d'écrire en berbère.
B. Lasri commence par écrire des poésies (publiées dans les revues « Anaruz », « Tifawt » ou « Amduz »). Il confirme lui-même avoir reçu et suivi l'influence du regretté Ali Azaiku . Entre 1993 et 1994, il commence à écrire son roman (qu'il intitule à l'époque « Arrmad »). Il reprend l'écriture de ce roman, en 1997 (en France). Puis, il le termine de retour au Maroc. B. Lasri condense alors son histoire, la simplifie pour être plus proche du lecteur. Il préfère s'exprimer dans la langue populaire , avec ses apports arabes et français.
Pour B. Lasri, il existe une censure tacite envers les écrivains amazigh . Leurs publications sont rares et leurs diffusions difficiles (lorsqu'il sont en librairie, il faut souvent les chercher derrière le comptoir).
Dernièrement, B. Lasri a traduit (pour une association de lutte contre le sida) un fascicule de prévention du Sida en berbère, à Agadir. Pour que cette prévention sanitaire soit comprise de tous, il fallait qu'elle soit compréhensible autant des berbérophones que des arabophones. Autant dire que le militantisme de B. Lasri ne s'arrête pas au seul aspect de la culture.
Son roman : Ijawwan n Tayri
Ce roman est non-autobiographique mais tiré de faits réels. Il raconte l'histoire d'un homme (un chleuh) qui, à Agadir, vit une histoire d'amour avec une femme enceinte (d'un autre) et qu'il héberge . Il écrit sur la ville, celle d'Agadir (et d'Inezgane) que l'auteur connaît bien. Les chapitres de ce roman correspondent chacun à un mois de grossesse. L'auteur a fait démarré le roman au 2nd mois (ayyur 2) de grossesse puisque la jeune fille (Tilleli) sait déjà qu'elle est enceinte lorsque le livre débute.
On a beaucoup parlé et interrogé B. Lasri, lors des différents entretiens qu'il a donnés, sur la place de la sexualité dans son roman (au niveau descriptif et linguistique). Pour B. Lasri, le passage à l'écrit (et à l'individualité de cette forme de média) permet une ouverture sur des thèmes jugés tabous en société car il peut se lire seul. Ce roman aborde aussi de nombreux autres thèmes : la politique, la famille, le quartier, etc.
La traduction en langue française du roman est en cours.
La rencontre littéraire avec l'auteur a eu lieu le 1er mars 2009, à « Café Livres ». Une vidéo de l'entretien sera disponible. Merci à l'auteur pour sa présence.
08/03/07
Fouad Laroui
En me balandant, au hasard d'une librairie, je suis tombé l'autre jour, sur un petit livre (L'Oued et le consul, et autres nouvelles)... Fouad Laroui, un de nos écrivains.
Certes le livre, recueil de nouvelles est mince. Mais ne vous fiez pas à son allure chetive, car sous une reconnaissance discrète, cet écrivain est plein de talents.
Originaire d'Ojda, Faoud Laroui écrit depuis 1996, en langue française. Il a d'ailleurs obtenu plusieurs prix littéraires, dont le prix découverte Albert Camus, pour son premier livre les Dents du topographe.
Cet écrivain est aussi journaliste pour Jeune Afrique L'Intelligent, hebdomadaire consacré à l'actualité du continent africain.
L'auteur a écrit notamment des nouvelles, qui sentent le vécu, mais aussi la reflexion profonde et les sentiments internes : combats perpétuels de l'homme et son environnement politique, social ou famillial.
De quel amour blessé ? (Roman) ; Méfiez-vous des parachutistes (Roman) ; La fin tragique de philomène tralala (Roman satirique); L'Oued et le consul et autres nouvelles (nouvelles), Le Maboul (recueil de Nouvelles) ; Tu n'as rien compris à Hassan II (recueil de Nouvelles).
24/01/07
Dossier Mano DAYAK
Lors de la Soirée littéraire du 19/01/2007, nous avons présenté "Je suis né avec du sable dans les yeux" de Mano DAYAK.
Pour présenter le livre et pour rendre hommage à son auteur, voici la présentation de sa biographie (présentation de Dihya), ainsi que celle de l'Histoire récente du peuple touareg. (Cette présentation diffère toutefois de celle du 19/01/07, trop lourde pour ce blog).
(Photo de) Mano Dayak : Mano_Dayak
Dossier Mano DAYAK (Biographie) : Dossier_Mano_DAYAK_bis
Histoire récente du peuple touareg : Dossier_Touaregs_bis
Article paru dans Libération (disponible sur le site de Temoust) concernant la situation touareg de l'époque (qui n'a malheureusement guerre changé) : 90_06_15_liberation
14/11/06
Dossier KHAIR EDDINE
Dossier Mohammed Khaïr-Eddine
1ére soirée littéraire berbère, Paris le 03Nov.2006
Cette première soirée littéraire constitue un début du ce travail de fourmis que chacun de nous a le devoir de faire en tant que témoin de cette destruction voulue des fois par une certaine élite officielle, qui ne rate pas d’ailleurs aucune occasion pour jeter dans la poubelle de l’histoire tout cet héritage culturel et civilisationnel amazigh.
C’est à nous aujourd’hui, témoins de cette hemoragie culturelle et de cette mort lente de la culture amazigh, qu’incombe la responsabilité de faire connaître et surtout de sauvegarder ce trésor qui fait partie de nous sans lui donner la sacralité des extrémistes.
Ce soir, je vais essayer de vous parler d’un grand écrivain amazigh qui n’a jamais cessé de revendiquer son identité via ses écrits et qui a su la valeur de l’écrit avant celle de l’oralité, cet écrivain marqué par le refus et le rejet de toute étrangeté de sa langue sur sa terre natale.
Il était proche des soucis identitaires des autres tout en étant cet autre qui se parle à lui à travers ses critiques et ses remises en question du conformisme officiel. Ce conformisme qui visait à réduire au silence les aspirations des femmes et des hommes qui ne voulaient que parler leur langues et respirer leurs libertés comme ils l’ont tétés de leurs mères.
Il s’agit bel et bien de Feu M. Khair-Eddine ou de l’enfant terrible de la littérature maghrébine.
Présentation :
Le 18 novembre 1995, l'écrivain Mohammed Khaïr-Eddine mourait d'une maladie contre laquelle il a lutté de toute son énergie, allant jusqu'à perdre l'usage de la parole mais faisant entendre sa voix malgré tout, comme en témoigne son journal : « On ne met pas en cage un oiseau pareil » (Dernier journal, août 1995) . Il a ainsi puisé dans l'écriture une force capable de transformer la douleur et la souffrance en acte de création et de dépassement.
L'année 2006 marquera les onze ans de la mort du poète qui nous a laissé une oeuvre des plus intenses et des plus imposantes. Cette force singulière tient en grande partie à ce que l'homme et l'oeuvre n'ont jamais cessé de se confondre dans un principe commun de remise en question perpétuelle, touchant sans doute à une conception de la vie et de l'humain.
Si on a beaucoup dit que la production littéraire de Khaïr-Eddine est marquée par les thèmes de l'errance et de l'exil ainsi que ceux de la révolte et de la subversion, il reste toutefois à aller plus loin dans cette oeuvre ouverte sur tant de possibles dans le domaine de la lecture et de la recherche.
Nous sommes ainsi en présence d'une oeuvre où domine cette constante absence de norme et de repère, où prédomine le principe de destruction et de construction et d'où se dégage, par-dessus tout, l'idée que la création sauve l'identité du chaos. Ecrivant en dehors de tout respect des genres littéraires classiques, Khaïr-Eddine pratique le brouillage générique, mêlant narration, poésie et théâtre, passant de l'un à l'autre, en quête d'une écriture « totale » qui se prête à divers questionnements.
C'est ainsi qu'on pourrait analyser les formes scripturales qu'invente cette oeuvre dont on n'a pas fini d'épuiser la richesse. Elle s'inscrit en effet dans le paradoxe d'être à la fois si particulière dans son unicité et si fragmentée dans ses formes mêmes.
La question de la langue, quant à elle, se pose, chez Khaïr-Eddine, en termes pluriels entre langue étrangère et étrangeté de la langue au coeur desquelles se joue la question de l'identité et de l'altérité. Il y a là matière à réflexion.
On pourrait aussi interroger cet imaginaire foisonnant et tourmenté à la fois qui s'articule autour de grandes figures relevant autant du spécifique que de l'universel.
Une réflexion sur les rapports entretenus par l'écriture de Khaïr-Eddine avec la culture maghrébine, notamment dans sa dimension berbère serait également féconde.
Par ailleurs, saisir la place de l'histoire et de la mémoire dans la production littéraire de Khaïr-Eddine contribuerait aussi à une meilleure connaissance de son oeuvre.
Enfin, l'analyse de la pensée de Khaïr-Eddine offre des pistes de recherche à explorer, notamment en tant que pensée de l'ailleurs ou encore en tant que pensée de l'avant-garde.
Ce sont là quelques suggestions faites au débat de cette modeste présentation spéciale Khaïr-Eddine dont l'oeuvre bien qu'animée par des pulsions contradictoires, frappe toutefois par sa puissance, notamment dans ce qu'elle cherche à transmettre sur la littérature elle-même.
L’Engagement :
Souvenirs de l’enfant terrible
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Mohamed Khair-Eddine est un mythe de la littérature maghrébine de langue française. Il a su marquer de sa belle plume, sa génération et celle qui, plus tard, s’est longtemps inspirée de son verbe révolté, de son monde rude, chantant à la fois la beauté “sudique” et dénonçant le marasme qui a pénalisé le Maroc pendant de longues années. Le Parcours : Mohamed Khair-Eddine est né en 1941 à Tafrouat, d’un père commerçant qui quitte très tôt le Sud, à destination de Casablanca. À son tour, le jeune Khair-Eddine habitera à Casablanca pour poursuivre ses études au lycée. Son amour pour la littérature révèle très tôt son penchant pour la poésie. Les centres d’intérêt sont divers. Le style est très soigné. La poésie est évasion et colère.
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Mohammed Khaïr-Eddine
(ou Agoun'chich l'errant)
«Derrière lui, la ville, le pays. Il les a quittés un matin le soleil ne s 'était pas encore pointé... La mort qui venait froisser ses draps alors qu'il était bébé, le faire rire ou pleurer..» (Le déterreur, p. 126)
Il disait : «Je désire trouver une phrase qui résume tout.» En deux mots on dira Khaïr-Eddine. Écrivain de refus, il l'a maintes fois prouvé dans ses écrits romans-poèmes. De Agadir, en passant par Corps négatif suivi de histoire d'un Bon Dieu, Soleil Arachide, Moi l'aigre, Le Déterreur, Ce Maroc !, Une odeur de mantèque, Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants, la Résurrection des fleurs sauvages, Légende et vie d'Agoun'chich et enfin Mémorial, le même cri résonne à chaque fois, un cri qui résume le 'tout' «la beauté qu'il chantait, la révolte qui l'habitait et 1'insoumission dont il rêvait de vêtir ses frères en désespoir.» (revue Tifinagh n°9)
Sudique
que je crée par la pluie et les éboulis
que je transforme en lait nuptial pour des
noces de torrents(..)
Sudique
percée d'oubli soudain par des troupes ferventes
de poèmes
qui font éclater chaque pierre sous mes pieds
quand mon corps bée
entre des mains bleues
entre les flûtes
Sudique sur un pic miraculeux
couleuvre jeune récitant des piétinements sans histoire(..)
et ces tristes airs d'abandon et de haine
ces crieurs ces goumiers qui traînent
leur vie mortelle
ces Phéniciens ces nus voraces
Sudique de rutilance et de scorpions
sur tes seins enroulés fermes
et ce maudit esclave qui crache dans ton ombre.
(Ce Maroc !, Le Seuil, 1975, p. 29-31)
Ce Maroc l'obsédait, surtout pendant les années d'exil en France. Sa patrie, celle qui lui a tenu compagnie, était surtout la poésie, territoire qu'il arpentait sans se soucier des bienséances de la vie sociale. (In Le Monde des livres du 1er décembre 1995)
«Dans Agadir, disait-il, je remet tout en question : la politique, la famille, les ancêtres. Je crois qu'il faut faire tomber les vieilles statuts, tout changer par l'éducation du peuple (...) Je n'hésite pas à faire le procès de mon propre sang car il n'arrive pas à se dépêtrer de lui-même, à se transformer» (Ce Maroc !, op.cit. p.81) N'écrit-il pas dans Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants : «Je renierai les Berbères qui auront pour du fric ou des espoirs inutiles trahi la fonction de ce monde.» Dans Moi l'Aigre, il rajoute : «Mais quelle est la goute de sperme qui a fait de moi un Berbère... [mais] les Berbères se sentent très proches des fous et des génies, ils ont la vérité fixée sur le front et ils corrigent la vie selon leur goût.» (p. 35)
Son sang est sa blessure, ce n'est pas sans raison que je m'exile ici. D'abord je voudrais faire un chemin à suivre. Et en même temps attirer l'attention du voleur et du volé, de crocodile et de la victime, des nouveaux sorciers de l'Afrique et des hypnotisés... (revue Souffle n°1, premier trimestre 1966, p. 7).
ma plaie
où seule l'abeille trouve des fleurs neuves
porte-moi loin de cet oubli
battant
et rampe
pays pays je plie bagages
ceux qui ajoutent du noir
à leur cellule
me voient partir
pays pays où seule la terre
se souvient
et hurle
quelle terreur couve
sous ta colère.
(Ce Maroc !, p. 21-22)
Son exil, il en parle à travers son vécu et à travers le quotidien. Agoun'chich est parti «... ce qui importe, ce qui prime tout le reste y compris ton existence et la mienne, c'est d'abord qu'on passe ici où là, de temps en temps, avec soi-même et avec les autres (...) cette harmonie fugitive qui vous condamne à vivre ou à périr (...) Cependant je marche ? je vais, je cours, je cherche sans relâche quelque chose qui me fasse désirer la vie» Agoun'chich (p. 68)
«Et j'erre
avec ma bombe sous l'aisselle,
banlieue foutue... oui j'erre
et je suis la nuit bleue
travaillé par le feu des enfers
et la braise pneumatique qui sangle la gravité des nuits...
mais cela ne s'écrit pas ! j'étais là fusillable,
Solo, toujours solo, chantant
en bus, métro et dans la rue or on me tire dessus !
Je sors donc mon couteau
et je me tue moi aussi
Épreuve des banlieues,
hypothétique cité
où personne ne vit
sa vie!
Suis-je orphelin
de ma terre oubliée
et dont pas même l'image
ne vient
effleurer mon affect ?»
(Extrait du Quasar II, Tifinagh n°8, déc. 1995)
Cette obsession du sud, qui est à l'oeuvre dans ses textes, procède à la fois d'un vécu au contact du terroir et d'un travail sur le langage. «Quand vous débarquez dans un pays que vous n'avez jamais vu ou que vous avez déserté depuis longtemps, ce qui vous frappe avant tout, c'est la langue que parlent les gens du cru». (Agoun'chich, p. 9) «Le Berbère oublia son écriture et une grande partie de son vocabulaire, car le premier soin du colonisateur fut à, tous les coups de le dépersonnaliser, le déposséder de ses racines, autrement dit, il tenta toujours de transformer radicalement le Berbère en un homme d'une race qu'il n'était pas, comme si l'on pouvait changer un pygargue en serpent de mer.» (Agoun'chich, p. 129)
L'errance s'inscrit dans un projet de réactivation d'un bonheur lié à un espace, dont les signes authentiques ont été effacés sous l'influence de diverses invasions. Le rôle de cette errance sert à dénoncer (la modernité sauvage), les changements que l'évolution mouvementée de l'histoire a fait subir à cet espace si singulier par sa nature et sa culture qui est le sud. (A. Tenkoul, Littérature marocaine d'écriture française, Casablanca, Éd Afrique Orient, 1985.)
L'Agoun'chich, ses sentiments restent partagés. Il se débattait avec lui-même entre deux rives... Il a vécu loin des projecteurs, «sa mort» - (pardon ! la mort c'est l'oubli) - va déterrer ce déterreur pour être lu et relu.
BIBLIOGRAPHIE
- Agadir, 1967
- Corps négatif, suivi d'Histoire d'un bon Dieu, 1968
- Soleil arachide, 1969
- Moi, l'aigre, 1970
- Le Déterreur, 1973
- Ce Maroc ! 1975
- Une Odeur de Mantèque, 1967
- Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants, 1978
- Résurrection des fleurs sauvages, 1981
- Légende et vie d'Agoun'chich, 1984
- Il était une fois un vieux couple heureux.
Sources :
Mohammed Mazouz
Parimazigh n°1 et le magazine Expressions Maghrébines.
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Dossier (sous format word) : Dossier_KHAIR_EDDINE
Hassan DORAMANE
