17/03/08
Ixfawen d isasan
Ixfawen d isasan
de Mohammed Oussous
(Cet article a été écrit par M. Lahoucine Bouyakoubi)
Depuis le réveil identitaire amazigh à la fin des années 1960, le souci majeur chez les précurseurs de la mouvance amazighe était de transcrire la langue amazighe. Certes, la variante tachelhit (Sud du Maroc) avait déjà cette tradition depuis le XVIième siècle. Mais elle était très élitiste et liée essentiellement au domaine religieux [1]. De ce fait, l'oralité demeure l'aspect dominant de cette culture.
A partir de 1967, avec la publication de "Amanar" par Hmad Amzal, l'écris en amazighe a fixé comme objectif la préservation de la littérature amazighe orale menacée par la disparition comme les chants traditionnels, les contes ou les légendes. A partir de 1991, notamment après la publication de la Charte d'Agadir [2] suivie d'un boom associatif, les écrivains, activistes du mouvement amazigh comme A. S. Azayku ou H. Idbelkkassem initient la production d'une poésie moderne qui fait rupture avec la métrique de la poésie traditionnelle. Dans cette optique, on assiste aussi à l'émergence d'une écriture romanesque (Afulay-Akunad-Ikken...) et à la traduction en amazighe (Adgharni-Jouhadi-Akunad). De même des lexiques spéciaux dans le domaine juridique ou éducatif ont vu le jour et reflètent cette volonté profonde de retravailler la langue amazighe et lui donner les moyens pour porter des discours autres que ceux véhiculés par la tradition orale.
Mohamed Oussous, l'auteur de Ikfawen ... d isasan,(Têtes et toile d'araignée) fait parti de cette génération de jeune écrivains en amazighe. A coté de ses qualités de poète, il est membre associatif, enseignant, chercheur [3], fan de la lecture et aussi un bon écrivain en amazighe. Originaire d'Ihahan, à proximité d'Ess
aouira, il a fait ses études universitaires à Agadir et fut l'un des premiers qui, à la fin des années 1980, ont posé la question amazighe au sein de l'université Ibnu Zohr. Nommé Munatas [4] , il était, en 1991, parmi le noyau des étudiants qui ont opté pour la création de la section de l'association Tamaynut à Agadir.
Avant d'initier l'écrit en amazighe, il a d'abord épuisé, comme tous ses amis de l'époque au sein de Tamaynut, des premiers ouvrages en amazighe. Ali Sidki Azayku s'affiche au premier plan et Timitar (signes), son premier recueil de poèmes apparaît comme repère et référence pour toute une génération. M.Oussous ne cache pas l'impacte majeur de cet ouvrage. Il lui a ouvert les horizons pour embrasser d'autres productions écrites en amazighe. En hommage à Azayku, Oussous lui a consacré, dans son ouvrage Ixfawen...d isasan, un bon article intitulé "Azayku..igider sar ur immuten!(Azayku... L'aigle éternel).
De part sa culture générale, M.Oussous est l'un des rares écrivains qui ont une bonne connaissance de plusieurs variantes amazighes. Cette compétence linguistique lui offre la possibilité d'écrire en tachelhit, sa variante natale, toute en essayant d'élargir le lexique utilisé pour emprunter d'autres termes et expressions amazighes des autres variantes. On peut dire que l'écris en amazighe chez M.Oussous n'est pas seulement un moyen pour rendre visible un terme orale en le liant avec des phonèmes. Il est plus complexe et sur deux niveaux. Il exige à la fois une réflexion scientifique ou philosophique approfondie en amazighe et, par conséquent, nécessite un travail linguistique profond pour reconstruire cette langue et la rendre apte à porter d'autres discours restés jusqu'alors "étrangers" pour elle.
Ixfawen...d isasan, le premier ouvrage de M.Oussous a eu le prix de la littérature de l'Institut royale de la culture amazighe (IRCAM) de 2006. Il présente clairement ces deux soucis. Au niveau linguistique, le choix des caractères latins exprime la volonté de l'auteur d'insérer l'amazighe dans l'universalisme. De même, le respect des règles de grammaire et de conjugaison amazighes reflète la connaissance de l'auteur de dernières réflexions au niveau de la transcription latine. Sur le plan lexical, le pan-amazigh de l'auteur est flagrant. Par cela, il s'intègre dans le processus de la normalisation de l'amazighe dans le but de sa standardisation. A cette égard, tachelhit, constitue sa base de départ, mais elle ne l'empêche pas de s'ouvrire sur d'autres variantes amazighes. Des termes comme "agdud"(kabyle, p38), ma temos? Ou sesten, (touareg, p63,p52), axatar (Moyen Atlas,p63), "atas"(Rifain) sont des exemples de ce pan-amazigh. L'auteur n'hésite pas aussi d'entrer dans l'aventure du nèologisme en amazighe. Dans ce sens, le terme "anekk-ammas,p80" pour dire l'égocentrisme est de sa propre invention.
Par ce grand effort linguistique M.Oussous tend à permettre à l'amazighe l'occasion de porter un discours que l'auteur, lui même, n'arrive pas à qualifier. Pour lui, son ouvrage n'est ni un livre de contes ni un ouvrage philosophique, il est tous simplement le fruit d'un effort au niveau de la réflexion exprimée par des termes en amazighe p11.
Ixfawen ...d isasan se présente comme un ouvrage de réflexion philosophique. Il constitue un tournant au niveau de l'écris en amazighe marocain [5] . Par sa culture générale, son auteur a réussi à nous présenter des textes bien écrits en amazighe et abordent des thèmes différents liée à l'existence, à la démocratie, à la liberté, l'amazighité, une vision critique à la pensée "arabo-musulmane"...
Ces réflexions sont illustrées par des citations de grands philosophes et écrivains comme Newton, George Orwell, Socrate ou Aristote. L'ouvrage se compose d'une introduction de Mohammed Akunad et 35 textes et à la fin un poème. Il est édité par le comité littéraire de l'organisation amazighe Tamaynut.
Lahoucine Bouyyaoubi
[1] Il existe aussi quelques manuscrits en tachelhit portant sur la description du pays et de la vie d'Ichelhin.(Berbères du Sud du Maroc).
[2] La Charte d'Agadir est une plate-forme signée par 5 associations amazighes en 1991. Elle contient les revendications principales du mouvement amazigh au Maroc. De ce fait, elle est considérée par plusieurs chercheurs comme la véritable naissance du mouvement amazigh au Maroc.
[3] Il a des travaux de recherche qui attendent la publication comme des lexiques spéciaux et un ouvrage sur la mythologie amazighe. La fondation Tawalt lui a édité fin 2007 "ismawen n imudar", lexique des noms des animaux en amazighe.
[4] Un phénomène est né au sein de Tamaynut, section d'Agadir. Chaque adhérent a choisi un pseudo amazigh. De la, paraissaient des noms-pseudo comme Afulay, Chichongh, Amazigh, Anir, Ziri, Winaruz, Ilatig, Tuda, Tufurgh, Azalagh, yuften, Antalas... Cela reflète la volonté de se débarrasser des prénoms arabes que tous les militants portaient officiellement Ce phénomène a largement participé à familiariser quelques prénoms pour qu'il deviennent ultérieurement des noms officiels portés par les nouveaux nés.
[5] Jusqu'à la publication de cet ouvrage, l'écris en amazighe au Maroc est lié à la préservation du patrimoine orale, à la poésie, au roman et à la traduction. De ce fait, ixfawen...d isasan est considéré comme premier ouvrage qui a osé sortir de ces champs littéraires et ouvrire d'autres sujets que l'amazighe est appelée à aborder par l'écrit
Fiche de lecture-Ixfawen d isasan
Ixfawen d isasan, de Mohammed Oussous
Présentation de l'oeuvre, sous pdf, par M. Lahoucine Bouyakoubi : Ixfawen_d_isasan
Fiche de lecture sous pdf : Fiche_de_lecture
10/02/08
Touareg, la Tragedie
Touareg, la Tragédie, de Mano Dayak
Fiche de lecture sous pdf : fiche_de_lecture_touareg__la_tragedie
21/01/08
Fiche de lecture.de la question berbère...
De la question berbère
au dilemne kabyle à l'aube du XXIème siècle, de Maxim Aït Kaki
Fiche de lecture sous pdf : Fiche_de_lecture
17/01/08
Analyse sur M. Khair-Eddine
Mohamed Khair-Eddine, par Mohamed Ouchtaine
Analyse de l'auteur Mohamed Khair-Eddin et de son oeuvre, sous format pdf : KHAIR_EDDINE
Cette analyse a été présenté lors de la rencontre littéraire de Décembre 2007
Fiche de lecture.Grain magique (le)
Le Grain magique, de Taos Amrouche
Fiche de lecture sous pdf : Fiche_de_lecture
Nous avons aussi mis cette fiche à disposition sur Wikipédia. La fiche ci-dessus est celle que nous avons mis sur Wikipédia (avant des modifications ou ajouts éventuels des internautes).
12/11/07
Fiche de lecture-Repris de justesse
Repris de justesse
de
Yazid Kherfi
(Véronique
Le Goaziou)
Edition :
La Découverte/poche
Date
de parution : 2003
N.ISBN :
2-7071-4028-7
Résumé : Une famille kabyle émigre en France dans les années 50, pendant la guerre d'Algérie, pour s'installer en France dans ce qui deviendra une « cité ». Y. K est de la seconde génération d'immigrés, né en France et fils de kabyles. Il a grandit dans une cité, celle de Mantes-le-Jolie, que beaucoup connaissaient pour sa vilaine réputation.
Au lendemain de l'indépendance durement acquise de l'Algérie, c'est la vie de quartier, la vie de cité (en France) qu'il nous raconte là.
Yazid explique comment il est devenu délinquant, sans se justifier, mais avec honnêteté. Il parle aussi de sa relation avec la France et l'Algérie : relations complexes, mais très réels et au combien ressentit par nombre de franco-maghrébins (et finalement très peu connu en Afrique du nord) entre le pays où il a été élevé, et celui des ses parents et aieüls.
Yazid Kherfi est
consultant dans un « cabinet spécialisé sur
l'évolution des métiers et sur les questions
sociales », marié et père. Difficile
d'imaginer, un passé tumultueux de délinquant.
Et c'est pourtant le
cas.
Repris de justesse est l'histoire de Yazid Kherfi, qu'il nous raconte lui-même, mais aussi celle de ses parents (immigrés en France, comme beaucoup de leurs compatriotes). C'est aussi et surtout la vie de cités de ces immigrants, le gangrènement de la violence et les problèmes qui s'en suivent, même si Yazid fut un cas extrème.
+ : Ce n'est pas un livre, à proprement parler sur la culture berbère. Et pour être honnête, il emploie d'ailleurs peu le mot « berbère », utilisant plus le terme d' « arabe » pour qualifier tout ce qui lui correspond. Mais derrière ce débat de mots, il y a la complexité des rapports avec le pays où il est né (la France) et celui de ses parents.
Loin des clichés des banlieux ou même des délinquants finis, Yazid nous apport un regard honnête sur la situation qui n'a guère évolué depuis, si ce n'est vers le pire.
Fiche de lecture, sous format PDF : fiche_de_lecture
de Y
17/07/07
Fiche de lecture-manuel de conjugaison du tachelhite
MANUEL DE CONJUGAISON DE TACHELHITE
Auteur : Abdallah Boumalk
Edition : L’Harmattan
Date de parution : 2003
N.ISBN : 2-7475-5527-5
Ce manuel est dédié à la conjugaison du Tachelhite. C’est un des premiers du genre et un des rares consacrés à la conjugaison berbère.
Mr Boumal s’est attaché à expliquer la conjugaison du tachelhite, avec ses particularités et différenciations en son sein.
Dans une première partie , A.B. explique la temporisation des verbes : les temps et comment conjuguer en tachelhite. Puis, les « verbes » les plus répandus (en tachelhite) sont conjugués dans un « tableau de conjugaison ».
Pour chaque verbe est donné l’infinitif (qui correspond en Tachelhite, à la 1ere personne de l’impératif). Les verbes sont ensuite conjugués, à toutes les personnes : au Prétérit, Aoriste et Aoriste Intensif.
Il y aussi à la fin du manuel, un dictionnaire bilingues de verbes (en Tachelhite et en Français et), qui joue aussi un rôle d’index (répertoire des verbes conjugués).
Certes tous les verbes n’y sont pas, mais vous trouverez dans ce manuel largement de quoi vous aidez pour les verbes manquants.
Manuel de conjugaison de Tachelhite est une aide précieuse pour quiconque tente d’apprendre le Tachelhite, ou de mieux le maîtriser.
Juste un bémol, concernant l’édition de 2003, qui gagnerait à plus de crédibilité, si son index était plus rigoureux (erreur sur renvoi des numérotations de verbes).
Saluons tout de même l’initiative d’Abdallah Boumalk, qui est encore malheureusement trop rare. C’est une initiative très constructive pour notre langue.
Version Word : Fiche_de_lecture_manuel_de_conjugaison_du_tachelhite
Fiche de lecture de : Myriam Jeroua
Fait le : 17/07/2007
27/04/07
Fiche de lecture-Lumière berbère
Auteur : Xavier Richer / Robert Colonna d’Istria
Edition : Vilo / Coll. Peuples du monde
Date de parution : 2003
N.ISBN : 2719106178 / 978-2719106174
Résumé : Ce livre est une invitation à la découverte de la culture berbère (marocaine). C’est aussi la rencontre entre deux amoureux du Maroc berbère : Xavier Richer, photographe et Robert Colonna, historien. Xavier Richer, photographe reconnu, a publié de nombreux ouvrages sur le Maroc. Il a d’ailleurs été chargé par l’office de tourisme marocain de sa campagne publicitaire. Robert Colonna, quant à lui, a écrit de nombreux livres ou plutôt des reportages sur certaines régions méditerranéennes (notamment la Corse).
Ce livre de référence est un magnifique album photos, au pays des berbères du sud marocain. X.R. a un talent incroyable pour capturer cette lumière berbère et notre peuple dont il est fasciné.
En dehors de considérations artistiques et esthétiques, ce beau livre apporte un peu de luminosité culturelle. A travers notamment la tribu des Ait Bouguemez (Haut-Atlas), les auteurs présentent et décortiquent cette culture millénaire. Habits traditionnels, apports mythologiques antiques, arts décoratifs (bijoux, tapis, etc.), art culinaire, relations et organisations sociales, culture orale, place de la religion, croyances, etc. : tous les aspects ou presque de notre culture sont abordés.
Ce livre est à lire et à regarder, ne serait-ce que pour ces merveilleuses photographies et ses textes amoureusement poétiques sur cette culture berbère, du sud du Maroc.
CE QUE CELA NOUS APPREND (sur la culture berbère) : Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu la culture berbère, c’est une excellente approche, avec de sublimes photographies. Quant à ceux qui connaissent déjà le Maroc ou la culture berbère du sud marocain. Bien que tous les sujets ne soient pas développés à fond, ils offrent une opportunité à notre curiosité, et une des meilleures invitation au voyage et à la découverte de cette culture amazigh.
On peut se le procurer dans n’importe quelle bonne librairie.
Myriam Jeroua
Ficher sous word : Fiche_de_lecture_Lumi_re_Berb_re
Fait le : 17/04/2007
05/04/07
Fiche de lecture-Chants de Taos Amrouche
Chants Berbères de Kabylie
Auteur : Taos Amrouche
Edition : L’Empreinte digitale
Date de parution : (du coffret) 2002 (enregistrements de 1939 à 1976)
40 euros
Résumé : Taos Amrouche (voir Dossier Auteurs) est une des rares femmes a avoir marqué notre patrimoine littéraire de son talent et de sa persévérance. Elle est née en exil à Tunis, en 1913 et meurt également loin de chez elle, en 1976 près de Paris. Très bonne élève, elle suit une éducation francophone.
Taos Amrouche a écrit plusieurs romans dont Jacinthe noire, des contes et des poèmes comme Le Grain magique, etc.) et chanté. Si elle écrit en français, elle chante en kabyle. Toute sa vie fut un peu éloignée de sa terre natale, de la terre de ses ancêtre. Mais si sa vie fut l’exil, son cœur et son âme sont restés en terre kabyle.
Les Chants de Taos Amrouche, est un coffret de cinq CD (quatre de chants kabyles et un des chants espagnols de la Alberqua).
Taos Amrouche pensait que les chants berbères étaient une richesse pour notre culture et une contribution dans le domaine de l'art lyrique. L'ensemble des chants viennent de la propre mère de Taos, Fadma Nat Mansour. Elle a chanté de 1939, jusqu’à sa mort en 1976, à travers tout le bassin méditerranéen et en Afrique dans des pays aussi différents que la France, l'Italie, l'Espagne, le Maroc ou encore le Sénégal. Le coffret contient en tout 95 extraits.
CE QUE CELA NOUS APPREND (sur la culture berbère) : Le coffret rend hommage à cette grande dame de notre patrimoine artistique, il nous offre un livret complet sur cette diva (biographie, traduction des chants, hommage d’autres artistes et personnalités, citations de l’auteur, photos, etc.). Vous en apprendrez sur cette femme kabyle qui a marqué son époque et reste incontestablement une de nos plus grands artistes berbères.
Myriam Jeroua
Fiche de lecture sous format Word : Fiche_de_lecture_Chants_de_Taos_Amrouche
Fait le : 05/04/2007, présenté aux Soirées Littéraires des 01 et 06 Avril 2007


